Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 12:39
Il n'y a aucune information valable dans tout le bruit que font les médias ! et je vais vous dire, ça va plus loin que ça !
« Ouai mon gars, ça va plus loin... Beaucoup plus loin ».
Comment expliquer que les gens écoutent les médias alors qu'à la radio, à la télé ou dans les journaux ils font tous la même merde ?
« Comment ? Ouais c'est vrai, comment t'expliques ça, hein ?
Eh bien je vais vous le dire moi ! Les gens écoutent toujours la même chose parce que ça les arrange ! Cependant, je veux pas vous faire de leçon sur quoi que ce soit ! Moi-même j'écoute la radio, je regarde la télé... Mais y a une raison précise à tout ça. Et vous savez ce que c'est ?
« Non, je sais pas ! Je veux pas savoir ! Vas-t-en ! Laisse ta place et dégage », dit Jacky. De grosses larmes lui coulaient à présent sur ses joues trempées de sueur.
Les fantômes.
Jacky poussa un hurlement terrifié et laissa tomber la radio. Encore plus effrayé à l'idée de l'avoir cassée, il se précipita sur le transistor. Sa main l'étreignit nerveusement. Apparemment il fonctionnait encore.
Les fantômes, messieurs dames ! On chasse les fantômes avec le bruit de nos médias ! On se pourrit la tête pour leur échapper. Tant qu'il y a du bruit, ils se tiennent tranquilles. Mais il ne faut jamais rester seul dans le silence...sinon on les sent arriver.
Jacky se releva péniblement. Ses yeux fixèrent la poignée de la porte.
Mais tous ceux qui ont un fantôme dans leur placard savent de quoi je parle ! Malheur à eux, et malheur à toi Jacky !
« Je vous jure que je voulais pas ! Elle est tombée toute seule ! »
Quand le silence s'empare du monde, Jacky, c'est l'heure de juger nos âmes !
« C'est elle qui s'est penchée et qu'a glissé dans l'eau, ça c'est sûr, oh oui, c'est sûr...c'est pas moi ! » Jacky se remit à pleurer. Ses yeux exorbités laissèrent s'échapper des larmes de sang.
Elle arrive Jacky. Elle arri...
La voix de la radio se fit plus faible. Elle devint presque inaudible puis finit par disparaître. Jacky se mit à trembler de tout son corps.
« Putain, t'arrête pas! Me lâche pas. ME LACHE PAS, MERDE! »
Il retourna le poste et ouvrit le compartiment à piles. Il les changea de place, et les fit rouler sur elles-mêmes. Du transistor sortit une petite voix qui mourut presque aussi tôt.
C'est l'heure du jugement Jacky...
Le silence envahit le petit hangar et Jacky n'entendait plus que sa lourde respiration.
Un bruit étrange lui parvint aux oreilles. Comme si un baigneur venait de sortir du lac.
A pas lents, la chose semblait s'approcher.
La terreur immobilisa Jacky au milieu du hangar.
Quelqu'un ou quelque chose tournait la poignée de la porte.
FIN

(peut être une nouvelle histoire dimanche prochain...)
Par Frédéric MOGA - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 08:52
Bienvenue sur Maine Radio, et si vous venez d'allumer votre poste, voici le grand débat...Avec aujourd'hui une question qui concerne le monde des médias !
Jacky monta un peu le son. Il colla son petit transistor sur son oreille droite. « Les médias, hummm... Pourquoi pas, allons y pour ces foutus médias, dit-il ». Le hangar baignait dans une lueur crépusculaire. Bientôt, la nuit recouvrirait le lac et les ténèbres se répandraient dans la pièce.
Alors messieurs, qui veut commencer le débat ?
Jacky roula des yeux injectés de sang. « Pas elle, surtout pas elle... » Il se recroquevilla contre la porte, le petit poste toujours contre l'oreille. Son coude heurta une vieille canette de Kronenbourg. Elle vint se briser contre le pied d'une petite table de pic-nique.
« Mon dieu, dit-il ». Jacky se souvint du jour où ils avaient acheté le hangar. La maison du lac, comme disait Hélène. Cette table y était déjà quand ils y avaient mis les pieds pour la première fois. Ils avaient tout de suite aimé cet endroit où l'on pouvait se retirer au calme, loin des automobilistes et des villes bruyantes. Au bord de ce lac merveilleux, dans cette campagne luxuriante, Hélène et Jacky se sentaient en vacances. C'était le bon temps. C'était avant qu'il ne découvre la lettre. Une ignominie cette putain de lettre ! Un poème raté sur sa femme. Avec des détails. Trop d'ailleurs...
Voyez-vous, les médias cloisonnent notre monde dans ce que l'on pourrait appeler un aquarium médiatique... Nous sommes des poissons et l'eau est polluée...
« N'importe quoi ! Tais-toi et laisse les autres parler ! Tu ne vaux rien ! Tu dégages maintenant », dit Jacky. Puis il se mit à pleurer. Une image le hantait. Elle tournait comme ce poisson rouge dans son aquarium, sans aucun répit. Elle le laissait là, démuni et impuissant, tourmentant la terre battue de ses jambes allongées sur le sol. Son dos était accolé à la porte. Et derrière cette porte...le lac.
Le bruit ! rugit un invité. Les médias c'est du bruit, rien que du bruit !
Jacky s'arrêta brusquement de pleurer. « Oui, du bruit, c'est du bruit ! » Des gouttes de sueur coulaient sur ses tempes grises. Il monta le son du poste. « Du bruit, il faut du bruit, oui ! ». Ses dents se mirent à claquer. Ses yeux écarquillés regardaient à présent dans le vide. « Jacky, mon petit Jacky, faut pas que le bruit s'arrête ! ».

La suite dimanche prochain...
Par Frédéric MOGA - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 11:43
« Je n'ai pas essayé de prévoir mais de prévenir l'avenir. » (Ray Bradbury).

- Mesdames et messieurs, le moment est...
- GRAVE GRAVE GRAVE !!!
- Voici venu le moment de rendre le ver...
- ...DICT !
Les spectateurs se levèrent comme un seul homme. Harry lâcha la caméra une du regard et se tourna vers le public. Un sourire féroce se dessina au coin de ses petites lèvres maquillées.
- Oh mais le public est chaud ce soir !
Une bronca assourdissante s'éleva de l'assistance. Harry écarta en grand ses bras. La tête inclinée en arrière, il se souvint de ce grand panneau où était inscrit en gros caractères le mot « APPLAUDISSEZ ». Dans toute sa longue carrière de présentateur il y avait toujours eu un de ces panneaux. Mais pour cette émission, ils ne l'avaient utilisé que lors de la première. Le show avait connu un tel succès qu'au bout de la deuxième, le public réagissait instantanément. Applaudir, rire, crier, pleurer, hurler... Tout était devenu automatique. Jamais Harry n'avait ressenti une telle ferveur. Ou une telle folie.
Il releva lentement la tête, et ses mains sèches étreignirent le micro. Puis d'un petit pas vif il rebascula vers la caméra une.
- Le vote est clos depuis quelques minutes à présent, dit-il d'une voix douce et presque suave. Vous avez voté par texto et vous avez jugé !
Harry passa sa main sur ses cheveux gominés puis il descendit sur le plateau de manière à ce que la caméra deux le filme de profil.
Lumière rouge. Ok, c'est parti !
Il avança lentement jusqu'au pupitre planté sur une petite estrade, et regarda avec gravité un homme assis sur une grande chaise métallique.
- William.
Il s'adressait à un homme un peu grassouillet. La tête dégarnie de ce dernier ne se releva pas lorsqu'il entendit son nom.
Harry désigna un groupe de personnes qui se tenaient un peu plus loin sur sa droite.
- L'équipe de police scientifique de Paris.
Deux femmes et un homme en t-shirts blancs flanqués du logo de la police nationale française se prirent par les mains.
Harry se concentrait désormais sur son pupitre.
- Les téléspectateurs européens ont rendu leur jugement par sms. Voici le verdict.
Un roulement de tambours préenregistré sortit des hauts parleurs.
Monsieur William Prat, vous êtes condamnés à... être brûlé vif au four communal de notre belle ville de Paris.
Les spectateurs exultèrent. Une hystérie immense s'empara du plateau et Harry ne put s'empêcher de sourire.
C'était ça le pouvoir du nombre. La nouvelle démocratie. Les gens se rendaient-ils comptent qu'ils jouaient avec la vie d'un homme ? Une roulette russe, avec un téléphone portable en guise de revolver. Bienvenue au Harry Tribunal Show. Rien de plus qu'un abattoir où les bons citoyens venaient comme des hyènes pour y dévorer leurs proies.
« Nous devons vider nos prisons, lui avait confié le Président. Et votre émission constitue le moyen d'en tirer profit. Quant à Dieu, il sera notre caution morale. Le sang versé ne sera pas du sang d'innocents. »
Le calme revint sur le plateau. Harry se reconcentra.
- Bravo à notre équipe d'enquêteurs. Ils sont la fierté de notre belle Europe. Un tonnerre d'applaudissements pour la police !
Standing ovation du public.
- Pour vous récompenser, poursuivit Harry, toute la chaîne est heureuse de vous offrir un séjour en Corse et un chèque de dix mille euros chacun ! Vous voyez, cher public, le travail...
- ÇA PAYE !!!
Harry pointa le doigt en l'air, pivota sur son pied gauche, et déclara :
- Mais le crime...
- ÇA PAYE PAS !!!
Le doigt retomba en direction de l'accusé. Deux personnes en uniformes de police vinrent se poster de chaque côté de la chaise métallique.
- Monsieur William Prat, le peuple a jugé, alors...
- ADIEU !!!
Les deux hommes s'emparèrent du condamné sans que celui-ci ne manifeste aucune agressivité. Ils disparurent dans les coulisses sous les hourras du public. Puis ce dernier applaudit les trois enquêteurs de la police scientifique, qui s'engouffrèrent dans l'obscurité des couloirs extérieurs au plateau.
- Quant à nous, on se donne rendez-vous après la pub pour la seconde partie de l'émission.
Jingle pub. Lumière rouge éteinte. Place aux vertus du maïs Finom, modifié pour être encore plus croquant...

A suivre.
Par Frédéric MOGA
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