Jeudi 14 juillet 2011 4 14 /07 /Juil /2011 12:57

 

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La navette américaine Atlantis devrait revenir sur Terre le 20 juillet, et ce, de manière définitive. Ses roues ne quitteront plus le sol, et sa dernière destination ressemblera vraisemblablement à un musée.

Coincée entre le squelette préhistorique d’un grand papa velu et le processeur high tech d’un Iphone 5, Atlantis attendra les touristes dans un coin de la salle en regardant les visiteurs s’affairer en petits groupes guidés par des scientifiques grisonnants. Elle en aura plein les ailes et plein les hublots de ces gens venus admirer un coin de futur dépassé.

Car Atlantis est devenue… vieille !

A l’instar de ces dessins animés qui lorsque j’étais môme anticipaient l’An 2000 en promettant un mode de vie extraordinaire et cosmique.  A cette date on aurait dû acheter son pain sur la lune et l’Equipe sur mars.

Mais en 2011, toujours pas de croissant de lune au petit déj.

Pour Atlantis, tout concorde. On s’est bien foutu de sa gueule. On lui avait fait tant de promesses merveilleuses... Lancée en 1972, elle devait assurer des liaisons régulières avec l’espace. Elle devait être le premier pont reliant l’Humanité à son rêve complètement fou de conquête de l’univers. Elle deviendrait pour l’Homme, l’outil essentiel de son émancipation. Le fleuron technologique de l’Amérique et de façon plus générale, du genre humain.

Ben tiens !  Ça lui apprendra à tirer des plans sur la comète ! Mais quand même, de là à imaginer que dans le futur réel, pas le sien, l’Amérique s’enverrait en l’air avec un… Soyouz !!!  Et oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, le vaisseau russe Soyouz devrait prendre la relève d’Atlantis pour ravitailler la Station Spatiale Internationale (ISS).

Dans son petit coin de musée elle aura tout le temps de méditer sur la victoire silencieuse des soviétiques.

Pour l’instant, Atlantis regarde une dernière fois l’espace. L’immensité, à l’écart du sol et de ses musées. Loin de tout, elle est là, à presque 400 km de nous, en orbite et adossée à l’ISS.  Elle est encore libre, alors que sournoisement des hommes ont déjà poussé grand papa pour faire un peu de place.

Bon, j’entends déjà ma femme me dire « on ne va quand même pas en faire tout un plat. Ce n’est qu’une machine après tout ! Et même si les seuls astres qui lui resteront seront ceux de la bannière étoilée tatouée sur son aile, combien aurait-on pu soigner de gens avec tout l’argent qu’on lui a consacré ? Hein ? Plusieurs millions de dollars à chaque lancement ! Tu dis plus rien, là ! »

Alors, accusant le coup,  je me lèverai silencieusement, et je sortirai dans le jardin avec mon futur désuet dans la poche. J’irai prendre une lampe torche dans l’atelier et puis une échelle. J’adosserai cette dernière au tronc de mon cerisier, puisque c’est l’arbre qui côtoie le plus le ciel par chez moi.

Une fois dans la cime, je repérerai l’ISS et j’enverrai des signaux avec ma lampe.

Je préviendrai Atlantis de ce qui l’attend ici. Et quitte à avoir des ennuis avec les Ricains, je lui dirai de rester là-haut.

Une navette est faite pour voyager.

Alors elle remettra les gaz et la Terre observera incrédule un morceau de futur prendre le large, laissant ses créateurs bien seuls au milieu des étoiles et des musées.

Par Frédéric MOGA - Communauté : le texte voyageur
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Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 19:52

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Cela faisait bien deux mois que j’étais parti en exil dans mon jardin. Un jour d’hiver en trop et hop ! je claquai la porte comme un infâme ivrogne privé de jus de treille. Je quittai le foyer conjugal dans un esclandre gargantuesque et pestai en soliste virtuose contre la clique des journées de glace, qui vous enserre les membres transis sans vergogne, à la seule fin perfide et mesquine de vous geler le cul.

Puis je refermai doucement la porte pour ne pas réveiller les filles.

Personne dans ce bas monde n’aurait pu me faire entendre raison. Campé sur ma position, je me préparais à refuser tout compromis, tout retour au bercail devenu inconcevable pour moi, sorte de moine shaolin français livrant une incroyable bataille contre une saison entière de gel et de froid.

Au bout de quelques temps, ma femme est quand même venue me chercher. Je ne doutais pas qu’elle avait dû alerter la presse sur cet invraisemblable combat et que des centaines de journalistes déguisés en hommes de lettres attendaient sur le perron pour écrire ma biographie. Mais je ne devais pas rentrer. Pas question de céder à ses supplications. Après tout, Ulysse lui-même fit fi du chant des sirènes. Je renvoyais donc Loulou dans ses pénates, afin qu’elle me prépare un bon bouillon et du riz, riz spécial pour shaolin exilé dans le drouais.

Quelques semaines plus tard, je commençais à avoir des crampes sur ma position. Seule ma femme venait me voir. Mes filles commençaient à se demander quel était ce bonhomme de neige attablé au guéridon derrière leurs fenêtres. Mais je tins bon, persuadé qu’un homme seul dans son jardin pousserait le printemps à revenir plus vite si celui-ci se sentait attendu. Au lieu de ça, je me suis réveillé un jour avec un homme sous la gloriette.

Quand je lui demandai quelques précisions sur son identité, il ne répondit pas, prétextant qu’il était recherché par toutes les polices du globe. Un terroriste ? Un mafioso ? Un trader de la Société Générale ?

« Non, dit-il. Je suis fleuriste. Mais attention ! Je suis le plus grand ! Je vends des fleurs un peu partout dans le monde. Everywhere, je vous dis. Ce sont des fleurs aux senteurs de souffre et aux pétales incandescents. Des fleurs brûlantes !»

Bigre, me dis-je. A force de faire le con dans mon jardin, pas étonnant que je récolte une mauvaise graine ! Voila qu’un fleuriste était en planque sous ma tonnelle !

« Ne vous inquiétez pas, dit-il. Je ne faisais que me reposer un moment. Je suis très fatigué… J’ai vendu des œillets au Portugal, des roses en Géorgie, des tulipes au Kirghizstan… Mais bon, chez vous je ne faisais que passer. »

Avant de repartir, le fleuriste m’a donné une fleur de jasmin pour me remercier de mon hospitalité. Mes doigts engourdis par le froid ne réussirent pas à s’en saisir, et une bourrasque l’emporta au loin, vers le sud.

Après cet épisode, je guettai mon jardin afin d’y trouver moi aussi quelques fleurs. Mais je dû me résigner. L’époque rendait le terrain stérile et rétif à toute tentative d’éclosion. Même mon fleuriste en fuite n’aurait rien pu y faire.

Alors je suis rentré chez moi, un peu dépité et découragé.

Tant pis, j’attendrai la fin mars comme tout le monde, me dis-je.

A peine poussai-je la porte que ma femme et mes filles me sautèrent au cou. Elles m’enlacèrent avec soulagement. Je ressentis alors une immense chaleur. Leurs yeux brillaient et scintillaient comme les astres d’une nuit claire et tiède.

Je tombai. Epuisé, et bouleversé de constater que finalement, le printemps m’attendait chez moi.

* * *

Le lendemain matin, quand j’ouvris les volets, j’aperçus les premières narcisses qui fleurissaient au jardin.

 

Par Frédéric MOGA - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 18:43

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Le cinq janvier un adolescent de dix-sept ans escalade un mur. Il est Mexicain. La balle qu’il reçoit en pleine tête provient d’une arme de La migra, la police des frontières. Derrière le mur, l’Amérique. Avec d’autres armes.

 

Le désert suffoque, bâillonné par un large ruban noir aux milliards d’étoiles. Telle est la nuit dans ce petit coin d’Arizona. Une obscurité brillante étreint doucement un désert brûlant. Et Maria marche sur cette terre qui n’a jamais été aussi céleste qu’à cette heure là.

Le grand morceau de ténèbres brûle d’un feu argenté. Ce n’est pas l’heure de dormir. Il y a plus de choses à observer maintenant qu’en pleine journée. Le sable a perdu sa couleur ocre, et recouvre à présent la terre comme de la poussière de lune éparpillée. Il n’y a guère que les buissons pour apprécier le spectacle. Et cet homme, John, qui sillonne la frontière au volant de son pick up Dodge, la fenêtre grande ouverte. Son pare-brise arbore un autocollant à l’effigie de Roy Warden et sur lequel les Mexicains sont traités d’« abrutis ».

Maria, elle, ne veut pas de Dodge. Elle veut juste marcher librement dans les rues d’une grande ville américaine. Elle se voit déambuler de magasins en magasins, un joli sac rempli de billets verts à son bras. Elle s’imagine déjà donner des pulparindos aux gamins accoudés aux lampadaires et originaires comme elle du pays aztèque.  Mais pour le moment, il n’y a pas trace de gamin. Mis à part celui qu’elle trimballe dans son ventre et qui commence à remuer un peu trop. Maria a peur. Elle jurerait que les étoiles appellent son enfant.

John repose le talkie-walkie sur le siège passager. Il accroche son volant à deux mains, et prend la deuxième piste sur sa gauche. Un vrai labyrinthe ce désert. Mais ici, c’est chez lui. C’est son pays.  Il n’a pas de famille. Enfin, il  en avait bien une dans le temps. Mais c’est de l’histoire ancienne.  Il aime à dire que sa vie se résume à ce sifflement qu’émet le vent en passant le Grand Canyon. John est un vrai cow-boy, indépendant et suffisamment républicain pour régler certaines questions à la manière de ses ancêtres.  Et ce soir, il est justement bien décidé à résoudre le problème de l’immigration dans le plus pur style « Charlton Heston ».

Entre Maria et John, il y a ces étoiles qui appellent le bébé. Les éléments ont pris pitié de lui. Celui qui vient au monde sur un lit de sable rouge, est ce que l’on appelle un bébé ancre. Propulsé de l’autre côté de la frontière comme une bouteille à la mer, il bénéficiera d’un don précieux, la citoyenneté américaine. Mais pour le moment, il n’est que le fils du désert.

Sa mère s’est allongée au milieu d’un buisson. Elle ne bouge plus. Le nourrisson tend ses bras chétifs vers la voie lactée. A peine né, et déjà la tête tournée vers le ciel.

Alors, éclipsant la lueur mystérieuse du cosmos, la silhouette de John projette son ombre massive sur le petit homme. Dans la main du cow-boy, un objet métallique renvoie des reflets d’argent sur les cactus. Il range le Glock dans la poche intérieure de sa veste. Dans le même temps, le bébé projette du sable sur une paire de ciseau qui traîne près de la main de sa mère.

La pauvre femme n’a pas eu le temps de couper le cordon.

John se met à genoux.

Il prend délicatement l’enfant dans ses bras.

Et voilà comment parfois, dans le fin fond de l’Arizona, une étoile provenant de la voûte céleste  rencontre un désert aride. 

 

Je ne vous en dirai pas plus, sur Maria, sur l’enfant, ou sur John. Si vous êtes un peu rêveur ou bien si au contraire, vous allez droit à l’essentiel en vous appuyant sur l’actualité, alors la fin n’est pas la même.

Et oui, il va falloir que vous meniez vous-même cette histoire à son terme. Je ne peux le faire à votre place.

Car dans ce désert d’Arizona, on se retrouve toujours seul face à ses choix.

Par Frédéric MOGA - Communauté : le texte voyageur
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 11:14

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L'éditorial du dernier Courrier International accorde cette semaine une grande place aux événements de Tunisie. Comme tous les médias d’ailleurs. Ils sont tous excités car ce n’est pas souvent  qu’un journaliste peut se targuer de couvrir une révolution !

Mais dans toute cette agitation, je me trouve confronté à la violence des mots. Certes, rien à voir avec la violence physique de nos amis tirés comme des lapins à chaque manifestation, mais de la violence quand même.

Je lisais donc cet éditorial écrit par Philippe Thureau-Dangin, intitulé La fête du 14 janvier ne sera pas oubliée. Le brave homme s’extasie devant cette nouvelle révolution, et surtout devant tous ces gens assassinés pour un rêve qui dure,  la liberté.

C’est vrai que c’est beau, comme ça, écrit sur le papier, sans tâche de sang.

Je suis cependant resté un peu circonspect devant une phrase où l’auteur affirme ceci : « Il faut rendre hommage à Mohamed Bouazizi, 26 ans, qui s’est immolé par le feu le 17 décembre ».

Ben oui ! Bravo Mohamed, t’as bien réussi ton coup. J’aurais pourtant aimé que tu m’en dises plus sur ces idées! Tu sais, celles qui nous réchauffent… mais qui finissent parfois par nous brûler.  

Non, franchement je suis persuadé que ce jeune homme avait de fort louables raisons mais enfin… Faut-il porter aux nues un homme qui s’ôte la vie pour un concept qui est comme le brouillard, par définition insaisissable ?

C’est décidé, je vais retirer ma fille de l’école s’ils continuent à lui apprendre à lire. Imaginez qu’elle tombe sur cet éditorial ! Je ne veux pas la voir sauter dans la cheminée un soir de dispute !

Je ne veux froisser personne, et il est très délicat d’ironiser sur un tel geste. Mais ce qui me perturbe, ce n’est finalement pas tant l’acte en lui-même que la façon dont il est subitement traité dans la presse. D’après ce que j’ai lu entre les lignes, on peut donc glorifier l’immolation, le sacrifice humain, si l’on partage les idées du flamboyant martyr ?

Attention, j’entends déjà les remarques du style « pas d’omelette sans casser des œufs ». Vous avez probablement raison. Tout comme Guevara qui disait : « une révolution sans arme ? Je n’y crois pas ! »

Dans tous les cas, je ne suis pas le mieux placé pour parler des opprimés, moi qui m’adosse régulièrement à mon cerisier pour faire la sieste.

Mais je me demande juste ce qu’écrira monsieur Thureau-Dangin quand un extrémiste du Tea Party s’immolera par le feu devant un parterre de démocrates aux Etats-Unis. Lui rendra-t-il aussi hommage pour tout le courage dont il a fait preuve en défendant  ses idées jusqu’au bout? Ou bien le fustigera-t-il d’une plume méprisante parce que cet homme n’avait pas les mêmes convictions que lui ?

Par Frédéric MOGA - Communauté : le texte voyageur
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Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 14:04

 

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Photographie Street 11, A.Figaro, (http://www.monsieur-figaro.com)

 

 

Dans cette après-midi sans chaleur, les ombres semblent forcées, comme soulignées par nos esprits au fusain. Il n’y a en fait aucune ombre sur ces trottoirs, aucune pénombre hormis celles que nous projetons.

Etes-vous sûr de vouloir faire le voyage ?

Tant pis pour vous. Alors voici le secret. Il y a belle lurette que le monde n’existe plus. C’est ce gamin, là-bas sur la place qui me l’a murmuré ce matin. Il dit que tout n’est qu’illusion, et que c’est pour cela qu’il possède cette grosse caméra. Il filme un monde qui s’efface, non pas pour en garder la trace, mais pour dessiner les contours de ce qu’il nomme :  la Nouvelle Histoire.

Comment ? Vous n’êtes pas au courant ?

Mais le monde, monsieur, c’est terminé ! De tout ce que vous voyez, bientôt, il n’y aura plus rien ! Un peu partout sur le globe, les gens s’agrippent à leurs Bibles, leurs Corans, à leurs foutus textes sacrés comme des mioches aux jupes de leurs mères. Ils ont la trouille.  De quoi ?

De la rumeur. C’est encore le petit qui me l’a dit. Il a levé les yeux au ciel, et il a tourné sa caméra vers moi. Pour immortaliser ma réaction face à la vérité nue.

Ce gamin m’a confié qu’il tournait une histoire bien meilleure que la notre…

Je suis resté quelques instants sans rien dire. Moi aussi j’ai eu la trouille, vous comprenez ! Tout ça expliquait fort bien cette sensation prégnante qui pèse sur le monde comme un tissu sur une peau moite. Mais si, vous savez, cette drôle d’idée qui nous trotte dans la tête et qui susurre à notre oreille que nous ne jouons plus aucun rôle dans cette fichue histoire. Cette impression bizarre de ne pas savoir pour quelle raison nous sommes venus au monde, si ce n’est pour consommer encore et encore. Une vie à chier, hein ?

Et puis il faut dire que les idées disparaissent. Alors quel intérêt pourrait prendre Dieu à continuer à regarder ce mauvais film ? On dirait que les scénaristes se sont arrêtés faute de budget.

Mais il y a ce petit, là-bas, sur la place, presque entièrement dissimulé par sa caméra. Ou bien est-il en train de s’enfuir dans son film ? Oui, c’est ça, il n’a plus rien à faire là. Les créateurs disparaissent mais ils emportent avec eux l’inspiration, l’âme du monde et… les ombres.

Regardez cet homme à côté. Il scrute le ciel avec inquiétude.  Il cherche le soleil sans le trouver. 

C’est à cause du gamin. Il l’a emmené avec lui.

Dans cette autre histoire qu’il est en train de tourner.

Dans cet autre monde qui promet un peu plus.

Allez, monsieur ! Il nous reste encore un peu de temps avant que sa caméra n’ait tout englouti.

Si vous me payez un verre, je vous raconterais comment on peut essayer de jouer un rôle dans sa foutue histoire…

 

Par Frédéric MOGA - Communauté : le texte voyageur
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